13 novembre 2020, 8:38

Recrue Züger – garde à vous!

 

Bonjour à tous. Je m'appelle Joanne Züger. J’ai 21 ans et je viens de Sissach (BL). Numéro 566 du classement mondial WTA, je suis actuellement à l'école de recrues pour sportifs d’élite à  Macolin, ce qui fait de moi la première joueuse de tennis de l'histoire à participer à ce programme. Les raisons qui m’ont poussée dans cette direction sont, d’une part, le soutien financier que nous recevons en tant que « soldat-athlète » et, d'autre part, la qualité du programme qui offre de bonnes possibilités d'entraînement combinées à une formation militaire. Je m'étais déjà engagée dans cette voie avant la pandémie, mais il est évident que la situation actuelle donne un sens supplémentaire à ma décision.

 

Une parmi 50

L’ER pour sportifs d’élite comprend une instruction de base générale, une formation pour devenir moniteur de sport militaire (MSM) et un entraînement individuel. Seuls 50 athlètes sont sélectionnés chaque année et peuvent rejoindre l’école de recrues pour sportifs d’élite. Je suis fière d’avoir été choisie. Chaque athlète ici sait à quel point nous sommes privilégiés. Car, oui, je considère que c'est un privilège de ne pas devoir suivre la formation militaire complète et de pouvoir se concentrer sur l'amélioration de nos performances dans nos disciplines respectives. Ce dernier point est un objectif clairement énoncé ici à Macolin. Il va de soi que le contexte militaire impose des règles strictes auxquelles nous devons tous et toutes nous soumettre. Je reviendrai sur les règles qui régissent notre quotidien un peu plus bas.

Alors, comment se déroule une journée type à l’école de recrues pour sportifs d’élite à Macolin ? C'est une question que celles et ceux qui n'ont jamais entendu parler de ce programme se posent certainement. J'aimerais vous raconter comment les choses se passent ici, afin que vous puissiez vous faire une idée de notre quotidien. Ce que je décris ci-dessous est le déroulement d’une journée « normale » des deux premières semaines. Les choses changeront un peu après ces deux premières semaines et je ne manquerai pas de vous raconter la suite plus tard.  

 

 

 

Chaque matin, à 6h30, c’est l’appel. Toutes les recrues doivent se présenter en tenue parfaite sur la place d’appel à 6h20. La ponctualité est de rigueur. Aucun retard n’est toléré. Les responsables font l’appel, puis nous entonnons l'hymne national suisse avant de prendre connaissance du déroulement de la journée. Le deuxième jour de l’école de recrues, nous nous sommes rendus à Wangen pour prendre possession du matériel qui nous transformera en de vraies recrues. La photo montre le barda qu’on nous a confié.

Des vêtements de sport à la tenue de combat...

Nous portons toujours la tenue B (tenue de combat) pour l’appel. J’avoue que j’ai dû m'habituer à la tenue. Ensuite, nous sommes autorisés à prendre le petit déjeuner. Le prochain rendez-vous est à 7h30 dans les véhicules qui nous mèneront soit à l'arsenal de Bienne, soit à Macolin pour l’entraînement. C’est parti pour notre formation militaire ! Voici quelques exemples de ce que nous avons appris jusqu'à présent :

Nous avons commencé par apprendre par cœur tous les grades et les formes de politesse militaires. Puis nous avons été initiés à l'école de marche, c'est-à-dire comment « marcher en formation ». Toutes ces choses sont au programme de l’instruction générale de base et nécessitent une certaine concentration. Beaucoup de choses sont différentes de la vie civile, on ne peut par exemple pas simplement s'adresser à ses supérieurs en les appelant par leur nom. Le grade du supérieur doit être mentionné avant son nom, puis c’est mon grade et mon nom que je dois énoncer. Recrue Züger. Là seulement, je peux parler et m’adresser au supérieur. Et à l’appel, on attend un « présent » tonitruant après l’appel de votre nom.

">…et puis retour

Vers midi, nous rentrons à Macolin pour déjeuner après quoi, nous avons le temps de nous entraîner individuellement. On troque la tenue de combat contre la tenue de sport. Passer de l'armée au sport n’était pas facile au début. Il faut changer d’état d’esprit, ce qui n’est pas aisé. Mais je m’y suis désormais habituée. J'ai reçu un programme de condition physique de mon entraîneur à Bâle et je m’entraîne sur les installations de Swiss Tennis à Bienne. Je le fais en coopération avec mes entraîneurs et jusqu'à présent, cela fonctionne parfaitement. J'aime la nouveauté et la variété dans ma vie quotidienne. L'après-midi, je m'entraîne donc pendant trois heures sur le terrain à Bienne.

Quand les bottes doivent briller

Je termine généralement vers 18 heures et je retourne à Macolin. Jusqu'à 19h30, nous avons le temps de prendre une douche et de dîner, après quoi on doit se rendre en tenue B sur la place d’appel pour deux heures et demie supplémentaires d’entraînement militaire. Tout est chronométré. Le soir, nous devons nettoyer nos bottes de combat, toujours chronomètre en main. On nous laisse 3 minutes pour aller chercher les produits d’entretien et des baskets dans nos chambres, ce qui, même pour les athlètes de haut niveau, n’est vraiment pas facile. Alors on se met tous à courir et à maudire nos bottes rigides qui nous empêchent de gravir les 7 étages avec agilité et nous revenons en courant toujours. Si l’un d’entre nous est en retard, les supérieurs considèrent que la section entière n’a pas rempli sa tâche, car à l'armée, nous sommes une unité et non pas des individus. Comme je pratique un sport individuel, ça me demande aussi de faire un effort d’adaptation.

Ensuite, on frotte et on polit nos chaussures jusqu’à ce qu’elles brillent. Puis nous affinons encore nos connaissances de grades et nous exerçons encore notre salut militaire, qui doit être parfait. À 21 heures, le programme prend fin et nous avons un peu de temps libre. Mais tout est prévu pour ne pas nous laisser trop de temps libre. D’ailleurs, pour être honnête, je suis allée me coucher directement les premiers jours, bien que l’extinction des feux ne soit qu'à 22 heures.

Le COVID est omniprésent

Le coronavirus est évidemment aussi au centre des préoccupations à l'armée. Les mesures sont strictes et nous portons toujours un masque. Mais parfois, c’est tellement peu pratique que les supérieurs doivent se montrer un peu plus souples que d'habitude. Dès la première semaine, huit athlètes se sont retrouvés en quarantaine. Ces circonstances affectent forcément la camaraderie et la convivialité. C'est très dommage, mais nous essayons d’en tirer le maximum.

Ce programme peut paraître strict, mais c’est tout à fait faisable. D’ailleurs, je crois savoir que seules les deux premières semaines sont aussi intenses. Après, les soirées seront libres. Je ne l’aurais pas pensé, mais j’aime vraiment la formation militaire, car je vois en elle – comme dans le sport d’élite – une école de vie. Faire partie d’une section, s’entraider sont des choses qui me parlent. La discipline est très importante ici et je pense que c'est une bonne chose pour tout le monde. Bien sûr, cirer mes chaussures n'est pas mon passe-temps favori et il faut aussi accepter de perdre la maîtrise de son apparence, d’avoir une coiffure pas géniale, mais ça fait partie du jeu. J'ai décidé de m'engager dans l'armée, donc je fais ce qu’on exige de moi.

Jusqu'à présent, je ne vois que du positif à faire l’école de recrues pour sportifs d’élite. J’apprends toutes sortes de nouvelles choses, comme nouer une cravate, par exemple. Échanger avec d'autres athlètes est motivant et j’ai rencontré des gens cool qui ont des objectifs similaires, donc avec qui je m’entends très bien. Ces rencontres me confortent dans l’idée que j’ai pris la bonne décision en choisissant de venir ici. Je suis heureuse d'être ici, surtout en ces temps difficiles, où je n'aurais de toute façon pas pu jouer de tournois à cause de la pandémie. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui : la recrue Züger vous salue - à bientôt.

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