Lorsque Roger Federer entre au Centre National de Swiss Tennis à Bienne, c’est un peu comme s’il bouclait la boucle. Trente ans se sont écoulés depuis qu’il est lui-même entré pour la première fois à l’âge de 14 ans au CN, qui était encore basé à Écublens. Une étape qui était empreinte de beaucoup d’espoir, mais aussi d’incertitude. Aujourd’hui, Federer est venu rencontrer les talents de la nouvelle génération, observer les entraînements, répondre aux questions et ressentir toute l’énergie qui règne dans la salle. «Je suis très heureux d’avoir pu être présent aujourd’hui et d’avoir vu tous ces talents jouer. J’ai ainsi pu percevoir la manière dont le travail est effectué ici. Cela m’a beaucoup plu», dit-il.
Pour lui, cette visite revêt bien plus qu’un simple caractère nostalgique. «La période passée chez Swiss Tennis a été extrêmement importante pour ma carrière», se souvient Federer. Mais le chemin n’a pas été facile dès le départ. Au début, le jeune Bâlois avait le mal du pays, ne parlait pas encore français et, malgré des attentes élevées, n’a pas tout de suite trouvé ses marques sur le court de tennis. «Je suis arrivé de Bâle où j’étais considéré comme un grand talent et je n’étais soudain plus qu’un joueur parmi tant d’autres, si ce n’est le plus faible.» C’est précisément cette expérience qui a forgé l’homme qui allait gagner plus tard 20 tournois du Grand Chelem, des médailles olympiques et la Coupe Davis. «J’ai beaucoup grandi dans ce cadre. J’ai eu des entraîneurs formidables et j’ai vécu une période incroyablement intense et enrichissante.»
Le souvenir de la bâche
Lorsque Swiss Tennis a déménagé d’Écublens à Bienne en 1997, Federer faisait partie, avec l’actuel entraîneur national Sven Swinnen, des tout premiers talents sur le nouveau site. C’est également sur ce nouveau site qu’a eu lieu un épisode resté inoubliable jusqu’à aujourd’hui. Federer raconte comment, dans un moment d’insouciance juvénile, il a détruit une bâche toute neuve derrière le court. «La raquette est passée là comme un couteau chaud dans du beurre. Tout le monde a arrêté de jouer et a regardé. J’ai simplement pris mes affaires et je suis parti, car je savais ce qui m’attendait.» La sanction est tout de suite tombée: nettoyer les WC pendant une semaine. La punition a finalement été réduite à un jour, mais la leçon est restée. «Cela m’a montré que tu dois te contenir, te contrôler. C’était important pour moi.»
Lorsque Federer parcourt le Centre National d’aujourd’hui, il s’étonne de son évolution: davantage de courts, meilleures infrastructures, logement moderne et plus de talents qu’à son époque. «C’est agréable de voir que quelque chose se passe ici, que ça grandit. Il est important que la base soit bonne. Tu as également besoin d’une culture positive sur les courts. Quand on s’entraîne dur, cela doit aussi rester sympa.»
Même si beaucoup de choses ont changé au fil des ans, de nombreuses valeurs sont restées les mêmes; des valeurs que Federer a incarnées tout au long de sa carrière et qui sont aujourd’hui ancrées dans le programme de formation Swiss Tennis Way sous la forme de douze principes directeurs. Quand on lui demande les trois principes les plus importants, il répond: «Bien écouter, s’entraîner dur et vouloir absolument réussir – et peut-être aussi faire preuve de curiosité.» Le champion bâlois explique que la curiosité a été l’un de ses principaux moteurs. «J’ai toujours voulu tout savoir et je remettais constamment en question ce que les entraîneurs me transmettaient.»
Bientôt régulièrement à Bienne?
En même temps, il souhaite soulager les talents d’aujourd’hui de la pression d’être constamment comparés à lui. «Ils n’ont pas besoin d’être le prochain Roger Federer», dit-il clairement. «Ils ont leur propre personnalité, leur propre style, leur propre histoire.» Selon lui, il est en effet possible de voir les attentes du monde extérieur comme un compliment, mais il ne faut pas les laisser devenir un fardeau.
Pour Federer, une chose est sûre: il souhaite revenir plus souvent à Bienne afin de partager son expérience. «Quand quelqu’un comme moi vient et tient le même discours que les entraîneurs, ça rassure souvent les jeunes. Cela leur montre que c’est normal d’avoir des craintes. L’important, c’est ce que nous pouvons contrôler: croire en nous, nous entraîner dur, passer de bons moments.» Le grand nom du sport mondial se décrit lui-même comme un enfant de la Fédération et se dit encore aujourd’hui reconnaissant envers Swiss Tennis pour son soutien. «Je suis peut-être le meilleur exemple de joueur sorti des structures de la Fédération. C’est pourquoi je suis ici aujourd’hui pour témoigner toute ma gratitude.»


